L’homme Aura*


David Rofé-Sarfati Séminaire d'été
(* ce texte est le verbatim de mon intervention au séminaire d’été 2013 d’Espace Analytique.) 

Je vais, quant à moi vous parler de L’homme Aux Rats. J’ai utilisé les notes de Freud plutôt que sa présentation de cas éditée une première fois en 1909. C’est un ouvrage, édité en 1955,  qui s’appelle en français L’homme aux rats, journal d’une analyse. Il n’a été édité en allemand qu’en 1987 sous le titre Notes originales sur un cas de névrose de contrainte : l’homme aux rats. Le manuscrit original de notes avait été confié par Anna Freud à Daniel Lagache qui a travaillé à la première édition en France. Daniel Lagache meurt pendant les travaux de traduction, et cet ouvrage extrêmement précieux et contributif, lui est dédié.

Moins de 4 mois et demi pour la cure d’un obsessionnel. On peut raisonnablement se demander pourquoi nous passons aujourd’hui si longtemps avec ces mêmes patients.

Cela tient, peut-être à magie de Freud. Et l’autre magie serait la vitesse du diagnostic. Dès la septième séance, Freud abandonne le verbatim exact des séances, car il a déjà et la structure et les fantasmes et l’équation et les énoncés de la névrose de contrainte. Freud est un analyste impatient, car, on le sait, sa passion est ailleurs.

Il n’empêche. Mon interrogation aujourd’hui sera de comprendre ce qui a permis à Ernst de se sentir guéri.

Je rappelle rapidement le cas ; Ernst Lanzer est le quatrième enfant d’une fratrie de sept. Ernst s’entend très bien avec son père. A l’adolescence, il commence à avoir des pensées obsédantes qui associent et les premiers émois érotiques notamment la masturbation et  la peur que son père ne meure. En 1897, il débute des études de droit.  L’année suivante une employée de l’entreprise où il travaille lui demande si elle lui plait. Il répond de façon évasive ; L’employée se suicide et Ernst se voit confirmé dans l’idée angoissante que les pensées peuvent tuer.  Il tombe amoureux de Gisela Adler, une cousine pauvre et maladive. Ernst se surprend à penser que si son père venait à mourir, il aurait assez d’argent pour épouser Gisela. Son père meurt six mois après jetant le fils, dans une intense culpabilité. Il devient un temps intensément religieux et, tout en étant assailli de pensées suicidaires, il obéit à des rites censés empêcher la réalisation de ses horribles pensées. (par exemple Ouvrir la porte pour faire entrer le fantôme de son père puis se masturber devant un miroir, s’infliger des longues séances de course à pied sous le soleil, réciter une prière avec la formule (propitiatoire et) expiatoire  gigelsamen gisela+amen et gisela +samen (semence).

En 1906, il subit une cure d’hydrothérapie, en 1907, il obtient son doctorat après 10 ans d’études. En aout 1907 pendant des manœuvres militaires il perd son lorgnon, demande à son opticien à Vienne de lui en envoyer un autre par retour de courrier en contre remboursement, lorsque le  paquet arrive une personne avance l’argent  pour ernst et c’est le début de toute une suite de comportements et de ruminations obsessionnels. Cet événement pousse Ernst à consulter et c’est ainsi qu’en octobre de la même année il commence une cure avec Freud.

Au premier entretien,  Freud lui pose les conditions de la cure.  Ernst dit qu’il doit d’abord en parler à sa mère, il  revient le  lendemain et accepte. On repère ici au regard du principe de suppléance, que Freud est intronisé par la mère dans le transfert comme le père.

Le transfert est solide, mais ne concernera que le versant paternel.

Ernst raconte à Freud ses fantasmes sexuels de l’enfance avec Mlle Rudolf, avec Mlle Paula.

A peine Ernst avoue ne plus se souvenir du  prénom de Mlle Rodolf, patronyme, mais aussi  prénom masculin que Freud identifie  Ernst comme homosexuel.

Ernst des 6 ans développe l’idée que ses pensées coupables sont magiques, elles peuvent faire que quelque chose arrive. Elles font même que quelque chose doit arriver, dit-il.

Par exemple dit-il que mon père ne vienne à mourir. L’exemple est la chose même, annote Freud. Ernst est obsédé par la peur que ses pensées coupables tuent son père.

Dès la deuxième séance, Ernst s’interrompt, se lève et prie Freud de lui faire grâce, de lui faire grâce de la description des détails du supplice des rats. On aura compris qu’il s’agit de lui faire grâce aussi du sentiment de culpabilité et donc du plaisir refoulé. Dans une crise, qu’on pourrait qualifiée d’hystérique, il demande grâce à Freud, à ce père transférentiel,  à ce  maitre,  à celui qu’il reconnaît déjà comme capable de lire et de contrôler ses pensées et de l’absoudre de ses pensées. Freud devient de puissance divine. Le verbe allemand est « bitten » qui veut dire demander (qui se dit plutôt fragen) mais aussi prier. Ce que je propose ici est diffèrent de la puissance accordée au psychanalyste constitué en tant que sujet supposé savoir, cette puissance est supérieure en cela qu’elle se place à un endroit nouveau, à une place où on juge et où on absout, à cette place, au fond, où on s’autorise. Je rappelle que Freud comme Ernst sont juifs et partagent le signifiant dieu dans son énoncé dieu juste et miséricordieux, un dieu donc qui juge et qui pardonne, énoncé qui d’ailleurs est aporique et donc avec un reste.

Un dieu très humain aussi, car  incarné puisque c’est ce même ce dieu, Freud, qui  souffle le mot ‘l’anus’ à l’oreille de Ernst. Un dieu corporalisé et jouisseur. Un dieu qui jouit avec Ernst ou qui jouit seul. Aujourd’hui, nous aurions les plus grandes réserves à proposer ce mot en séance (l’anus) à la place de notre analysant, du moins lors des premières séances.

Ernst raconte ensuite son obsession du remboursement du paquet postal et la contrainte et le serment qu’il élabore. S’il ne procède pas au remboursement dans les mains même du lieutenant David, il arrivera quelque chose, toujours la mort du père.

Freud lui explique (séance 3) longuement et avec application, tel un professeur ou un gourou,  comment une contrainte fonctionne mentalement. Une analyse possède toujours un versant didactique, mais ici Freud pense à la place de son patient. Il  lui explique par exemple que le raffinement particulier de la maladie tient à sa ruse. En repérant cette ruse, Freud la déjoue (ce passage est retiré du cas présenté). Freud se présente à son patient comme plus fort que la névrose, et plus fort que la jouissance de l’analysant. Il se place au-dessus de la jouissance du parlêtre sur le divan, Il se place à la place de l’analysant. La jouissance de Freud, du professeur Freud, se pose en concurrent de la jouissance de son analysant.

De la même façon, lorsque Freud lui fait remarquer ‘je ne suis pas cruel  moi-même’ Ernst réagit en l’appelant ‘mon capitaine’ Il complimente discrètement Freud tout en se plaignant de l’incompréhension des médecins. Je décode l’échange ainsi : Freud lui dit ‘je ne jouis pas de toi (par ma cruauté)  et Ernst lui réponds – mais si capitaine jouis stp et je t’en remercie. Un capitaine étant d’un grade au-dessus de lieutenant, il lui dit même : jouis plus fort !

Quatrième séance, Freud lui fait ni plus ni moins un cours de psychologie. Il lui explique : il y mésalliance entre le contenu de la représentation et l’affect donc entre le motif du reproche et son ampleur. Ainsi il rassure Ernst ;  il n’est pas un criminel il n’a pas tué son père. Freud l’absout à nouveau. Freud est encore le Dieu de miséricorde.

Cinquième séance est un échange entre le maitre et l’élève. Ernst tente d’utiliser un concept qu’il a dû apprendre de lui-même : la désagrégation de la personnalité. Freud lui explique l’inconscient et la différence entre la transgression des lois morales personnelles et la transgression des lois morales extérieures.

Mieux !  Lorsque Ernst demande à Freud, s’il peut se débarrasser de l’idée de l’au-delà, idée qui par définition ne peut être réfutée logiquement,  Freud ne conteste pas la difficulté cependant qu’il rassure son patient sur la puissance de la psychanalyse. Seul un dieu peut émettre une telle certitude. Un dieu qui barre l’idée de l’au-delà du divin. C’est quand même un comble.

Au fond, ma proposition est double, Ernst ne peut quitter sa névrose en 4 mois de traitement. Toutefois une proximité avec la pensée et la jouissance de Freud, d’un Freud divin, lui assure une gestion de son angoisse par un aménagement sur 2 dispositifs  intriqués, la métonymie et la métaphore. Mais avant de pousser plus loin, je veux d’abord évoquer le trauma.

Freud repère très tôt chez Ernst une idéalisation des hommes et une forte homosexualité latente. En ce qui concerne le trauma,  question centrale dans les névroses, à cette époque-là déjà, la théorie du trauma infantile est abandonnée par Freud. Il n’y pas de trauma autre que celui imaginé, choisi et dans le même temps refoulé par le sujet. Le trauma n’est pas saisissable sauf  par sa trace, par ses indicateurs. Le trauma, réel ou imaginé, est dépisté par les fausses croyances, les associations et les identifications.

Chez Ernst, Freud repère deux associations de signifiants :

Ernst ne fait pas de différence entre RATTEN (les rats) et RATEN (les paiements partiels), il condense les deux mots.

Une autre association s’est produite chez Ernst entre ratten et heiratten (se marier)

Par ailleurs, l’homme aux rats s’identifie à son père lui aussi militaire.

On voit comment tout ceci est mis en jeu dans le serment obsessionnel de Ernst à procéder au remboursement du lorgnon et comment cet épisode qui l’emmène à consulter dit et  exprime le trauma.

Freud, se positionnant hors transfert renseigne son patient l’instruit, … mais du même coup bouchonne toute perlaboration.  Il lui refuse la névrose de transfert thérapeutique. Freud nous le dit simplement et sa surprise signe son échec : « comment s’expliquer que le malade informé de l’évènement traumatisant se comporte comme s’il n’avait rien appris de nouveau ? »

Sans névrose de transfert, Ernst démuni compose avec ce qu’il peut.

Si on reprend les deux outils donnés par Lacan de lutte contre l’angoisse, la métonymie et la métaphore, Ernst fait au mieux. Il s’imagine comme il est imaginé, imaginé par Freud.

Premièrement, il est imaginé et s’imagine comme métonymie du phallus de Freud :

La proximité si intime avec Freud et sa pensée, l’extraterritorialité céleste du cabinet de Freud convainc Ernst qu’il est le signe du phallus voire le phallus lui-même. Je parle du phallus phallycisant Freud. Alors qu’il vient de finir ses études Ernst en bon soldat du professeur Freud se fiance puis se marie avec Gisella Adler, respectant à la lettre les indicateurs de sortie de névrose selon Freud : aimer et travailler. C’est toutefois un artéfact.

Deuxièmement, Ernst s’imagine comme une métaphore.

Ernst s’imagine comme la métaphore de la psychanalyse, la métaphore du père transférentiel Freud. Le cas est édité, Ernst reçoit un hétéronyme, l’homme aux rats, Son histoire, son anamnèse et l’histoire de sa cure contribuent à l’histoire de la psychanalyse, participent à la grande histoire de la psychanalyse et concourt à l’aura de Freud. Sa chance en quelque sorte aura été de ne pas survivre à Freud, puisqu’il est tué à la guerre. A la mort de Freud, selon ma proposition, l’homme aux rats aurait perdu les deux étayages de son moi : un étayage par sa mission de phalyciser Freud, et un étayage par sa mission d’étayer Freud lui-même.

Comme une confirmation Freud écrit à Jung en 1909 qu’il a rencontré son ex-patient et que ‘l’endroit où il est encore accroché s’est distinctement montré dans la conversation’.

Freud n’est donc pas totalement dupe sauf à occulter cette non guérison, tant ce cas de névrose obsessionnelle aura rempli son œuvre : nous apporter de la façon la plus intime les découvertes de Freud et nous permettre ainsi de nous glisser dans sa pensée pour conduire nos cures.

Merci.

Ferenczi, la psychanalyse autrement


Ferenczi, la psychanalyse autrement

de Luiz Eduardo Prado de Oliveira

Armand Colin, 2011

David Rofé-Sarfati

Voilà bien un livre indispensable à tout analyste et analysant. Je pensais lire une biographie de Ferenczi. Prado de Oliveira nous offre ici pas moins que l’histoire de la psychanalyse, une anthropologie clinique de cette discipline, de ce dont elle est faite, de ce dont elle procède.

Le dessein est de nous donner à voir que la créativité clinique est la vertu majeure du bon psychanalyste et qu’elle doit beaucoup au travail du génial et inventif Ferenczi.

Entre 1910 et 1930 Ferenczi est le psychanalyste le plus proche de Freud. Ils échangeront plus de mille lettres. Dans cette relation complexe qui se détruit un jour, s’élabore l’histoire du mouvement psychanalytique et une solide théorie de la clinique jamais achevée. Parallèlement à une « supervision mutuelle » les deux hommes dans un pilpul talmudique épistolaire poseront les différents concepts fondamentaux de l’association libre, du dispositif du divan, de la fréquence des séances.

Ferenczi sera le pionner d’un ensemble d’initiatives cliniques, dont l’analyse active qui aménage en même temps qu’en s’en exonérant les doutes soulevés par le double dispositif de la libre association et de l’attente flottante. Le lecteur découvrira le principe de l’adaptation de la famille à l’enfant et l’annonce des travaux de Mélanie Klein. Il verra aborder la relaxation, la confusion des langues entre adulte et enfant, l’amphimixie, l’autotomie, la bio analyse, le concept de l’élasticité de la technique psychanalytique.

A chaque fois, Ferenczi est le défricheur. La notion d’introjection, par exemple, s’invente chez Ferenczi, se voit incorporée dans le canon de la psychanalyse par Freud aidé d’Abraham pour mûrir chez Klein puis Lacan. Prado de Oliveira nous dévoile un Freud souvent buté, se sentant attaqué par un disciple brillant et contributif. Au fil des pages apparaît un Freud intégrateur, souvent chapardeur et un Ferenczi inventeur, concepteur, bousculant nos certitudes. Ainsi, les deux F vont fonder communément, par leurs pensées, leurs études et leurs querelles, la psychanalyse des origines et celle d’aujourd’hui.

Les querelles entre les deux hommes sur la technique active, sur la fin de l’analyse, sur le rôle du patient et de l’analyste, sur la dialectique entre injonctions pénalisantes et interdits appelant à la désobéissance, interrogent notre propre clinique.

Et la clinique, voilà ce qui intéresse Ferenczi. Lorsqu’il postule que le transfert est un phénomène généralisé, ceci nous « cause » encore aujourd’hui.

La psychanalyse n’apparaît plus comme la création du seul Freud mais comme une création sédimentée chez Freud, et où l’apport des recherches d’un Ferenczi à la curiosité insatiable, avide de connaissance et en proie à sa propre névrose est prodigieux.

Ensemble, ils vont propulser la psychanalyse, qui acquiert les contours du génie inventif de Ferenczi. C’est ce que nous pouvons découvrir et redécouvrir dans le livre de Prado de Oliveira. Ferenczi, mort trop jeune aura su provoquer son maître de Vienne tout en le préservant. On se souvient de cette aporie rusée lancée par lui à Freud « J’ai raison puisque vous avez été mon analyste ». Qui d’autre aurait pu être l’analyste de Freud?

La ménopause comme un nouveau départ


Le sexe après la ménopause n’est pas juste une perte, il peut aussi être une occasion de croissance, de guérison, de plaisir et de satisfaction.
Bien sûr, la ménopause n’est pas un moment facile pour beaucoup de femmes. Elle apparaît comme un moment de deuil, un temps pour faire le point et faire face à la vieillesse et la mort. Mais c’est aussi un moment dans la vie d’une femme pour essayer quelque chose de nouveau, faire différemment. Et le sexe peut jouer un grand rôle dans ce chemin.

Une bonne approche clinique avec les femmes ménopausées mécontentes de la qualité de leur vie sexuelle, consiste en deux parties. Cette approche s’adresse particulièrement aux femmes qui, ménopause venue, expriment une crainte ou une peur du sexe.

Le déclin, voire le désistement, de l’intérêt pour le sexe est un aléa connu qui inquiète beaucoup de femmes ménopausées. Certaines patientes avouent qu’elles choisiraient d’abandonner définitivement le sexe si ce n’était pas pour leur partenaire. Lors de leur entrée en péri-ménopause, elles deviennent moins intéressées et plus ‘évitantes’.

Il existe une quantité de raisons pour lesquelles une femme peut voir chuter sa libido par la ménopause: l’affaiblissement des hormones sexuelles ou un corps moins attractif. Autre chose, le sexe, qui reste à certains égards une gymnastique, devient physiquement plus difficile . Mais les symptômes physiques ne sont que l’arbre qui cache la foret. Il existe un ensemble de remèdes pour traiter ces symptômes .

De l’autre côté de l’équation, les changements de mode de vie concourent à faciliter l’activité sexuelle : les enfants vivent maintenant hors de la maison, la contraception cesse d’être une gêne. Malgré ces nouvelles conditions facilitantes, certaines femmes deviennent craintives et anxieuses.

Pour beaucoup cette altération de la sexualité est anxiogène, cependant que difficile à traiter à cause de la honte attachée à ce sujet. Souvent, une femme ménopausée entre en traitement pour des questions sans rapport avec le sexe, le plus souvent pour une dépression suspectée ou réelle. L’émergence du problème de la baisse de la sexualité est accompagnée d’un sentiment d’embarras.

La dépression fonctionne ici comme un contenu manifeste d’une pensée conflictuelle qui utilise l’arrivée de la ménopause de façon opportuniste pour faire parler d’elle, intriquée dans une tentative d’enterrer, de refouler, d’oublier une ancienne vulnérabilité, décidée même à la faire taire totalement et pour une dernière fois.

Dans la première phase du traitement, je me concentre sur des expériences qui peuvent avoir semblées comme anecdotiques à l’époque mais sont devenues dans l’après coup douloureuses, humiliantes, traumatisantes.

Cela pourra être un viol, des attouchements, une licence sexuelle mal assumée, un dépit, une duperie, une première expérience ratée, au fond toute aventure fondatrice d’une sexualité, un épisode qui aura été, au titre du traumatisme, dissocié, isolé.

Le plus intéressant est que ces « aventures sexuelles » peuvent ne pas avoir été vécues comme douloureuses, humiliantes ou traumatiques au moment de leur survenue. Il n’est que rétrospectivement, en passant par les changements de la ménopause et par les difficultés sexuelles alors éprouvées que ces événements adoptent le statut du traumatisme.

La deuxième phase du traitement se concentrera sur les sentiments érotiquement éloquents pour le patient, candidats à faciliter la reconnexion au désir sexuel (un inventaire Lacanien des objets petit a).

On pourrait nommer cela une enquête détaillée de l’érotisme. Cette enquête exige un certain degré de courage et une ténacité patiente. Cette exploration mentale de sa sexualité se doublera d’une nouvelle initiation avec le partenaire. Finalement, la relation sexuelle s’améliore à un point situé au delà de ce qu’elle avait été, en se plaçant au plus proche de l’endroit du désir. Et la ménopause n’est plus une transition douloureuse pour devenir une expérience révélatrice. Ce bilan de la sexualité, pratiqué en séances, rend la ménopause contributive d’un progrès.

Certaines femmes perdent progressivement l’intérêt pour le sexe à l’approche de la ménopause et finalement l’abandonnent définitivement. Pour d’autres, c’est un moment où les insatisfactions de leur relation sexuelle entrent en discussion, un moment dans leur vie où elle peuvent essayer quelque chose de nouveau, un moment de rupture pour faire les choses différemment et devenir les auteures de leur propre désir.

Solitudes.


Qu’est ce qui nuit à nos relations, à notre créativité et notre tranquillité d’esprit? Une réponse paradoxale, en cette époque de facebook et de téléphones cellulaires, est un manque de solitude. Car la solitude permet de se reconnecter aux autres d’une manière beaucoup plus riche.

Lâcher priseS

Nous vivons dans une société qui pense l’interdépendance comme un enrichissement; notre époque est overconnectée. Maintenant, plus que jamais, nous avons besoin d’instants de solitude. Être seul nous ouvre la possibilité de réguler et d’ajuster nos vies, nous apprend le courage et la capacité à satisfaire nos propres besoins, restaure notre énergie. La solitude est un combustible pour la vie.

Une jeune femme m’a confié que son mari était un compagnon merveilleux, et leur intimité remarquable. Pourtant chaque matin elle aime à boire son café et lire son journal seule. Elle ne renoncera pas à cette période de solitude en échange de plus de partage ou plus de sexe; ces matins solitaires constituent un fondement de leur intimité ordinaire.

Être seul et s’engager dans des relations avec les autres sont les deux choses essentielles au bonheur et à la survie, ceux ci à égalité. La nature réclame la solitude. Elle nous a donné le sommeil, période de solitude absolue, de perlaboration,et de rêves . L’augmentation des troubles du sommeil et de la vente de somnifères sont autant de signes de notre refus de la solitude.

L’un n’empêche pas l’autre

Notre erreur est de croire que les états de solitude et de lien à l’autre sont antagonistes. Ils sont en désaccord seulement quand ils sont vécus dans une opposition. En vérité, une situation enrichit profondément l’autre. Toutes les significations contemporaines de « seul » impliquent un manque de quelque chose. Invariablement, la solitude s’oppose au contrat social, si elle n’est sa forclusion. « Faire cavalier seul » consiste en des activités antisociales et en des risques inutiles. Le plus frappant: les deux mots anglais loneliness (état de l’homme seul) et solitude (état de l’homme sans liens) n’ont qu’une seule traduction en français : la solitude.

La solitude, comme l’anxiété ou la culpabilité, fait partie de la condition humaine. Elle nous donne à croire que ne sommes pas compris ou pensés par l’autre, parce qu’isolés de la communauté et de ses connexions. Étrangement, elle nous dit aussi que nous ne prenons pas le temps d’être en contact avec nos intérieurs, notre intimité, notre privauté; un temps d’être en contact avec nous même.

Les patients me parlent de leurs amants, famille ou amis, de leur peur de la solitude cependant que je reste frappé par leurs expressions de gratitude lorsqu’ils parlent d’un temps pour eux pour, par exemple, s’engager dans des activités propres. Comme des prisonniers qui s’accorderaient une libération conditionnelle.

Nous ne sommes pas que grégaires

Il n’est pas nécessaire de rentrer dans un couvent pour se donner un temps pour soi. Nous pouvons expérimenter ce « rassemblement avec soi » au milieu de la foule, ou en famille. D’ailleurs, le mot «couvent» vient du latin convenir, qui signifie se rencontrer. La contemplation est souvent décrite comme le mode privilégié pour parvenir à la paix spirituelle. Les pèlerinages religieux ont cours encore aujourd’hui, mais sont plus courts. Les bouddhistes continuent de vivre dans un état de pèlerinage vers soi, car ils considèrent la vie comme une série de moments présents qui nous appellent à un état de non-attachement et, dans le même temps, d’unité avec Dieu.

Pour la religion, il faut donner du temps à la solitude. Le livre de la Genèse établit cette fondation. Au sein de l’histoire de la création, Dieu a établi le samedi, le chabbat, comme un jour de repos en rupture avec tous les autres, pour contempler la vie et les Écritures, pour se regrouper sur soi même dans la prière. Nous pouvons faire la même chose, si nous prenons une journée de repos pour nous-mêmes, ou une heure de prière silencieuse, ou même quelques minutes de méditation.

Ne m’abandonne pas

Sommes-nous capables de le faire au milieu des ordinateurs et des cellulaires, des Blacberry, des écrans de télévisions et de jeux vidéo en réseau. Ou sommes-nous devenus incapables de vivre dans l’instant, sauf lors d’une panne d’ordinateur?

Aujourd’hui, être « online » semble être la manière occidentale de répondre à nos besoins de compagnie mais à quel prix. Nous répudions tout plaisir de la solitude et sa modalité de hic et nunc.

-C’est l’enfer avec lui et c’est l’enfer sans lui est la phrase souvent utilisée pour décrire la vie en couple. Les relations à long terme seraient elles impossibles? Je propose de nous reconnaitre un besoin de moments de solitude. Ce besoin de moments à soi grandit de plus en plus au fur et à mesure que nous vieillissons. En miroir, le nombre de couples qui se séparent ou divorcent augmente.

Après la première phase d’inséparabilité extatique, les conjoints ressentent le besoin de se retrouver séparément face à eux même. Quand nous observons la dynamique des relations de couples à travers une problématique de la solitude, notre compréhension des permutations et fixations devient efficiente. Les disputes apparaissent lisibles. Souvent nos colères sont tout simplement l’affirmation de ce besoin de retranchement, pour assainir l’air et pour « respirer » dans une distance avec notre partenaire.

Dans mon cabinet, chez les patients, hommes ou femmes qui parlent d’un désir de rompre avec leurs proches, j’ai entendu cette énorme envie d’être seul, apparié avec l’angoisse de se séparer. En raison de nos croyances confuses au sujet de la solitude, nous sommes beaucoup plus susceptibles de nous plaindre à un thérapeute ou à un ami: -J’ai des problèmes avec l’intimité que de dire: -J’ai besoin d’être seul plus souvent. Nous nous demandons, gênés, si en ayant du plaisir seul, nous sommes infidèles à notre conjoint.

Je suggère d’apprendre à voir la solitude comme une partie de l’expérience ordinaire plutôt qu’une barrière construite contre l’implication avec le monde.

Ne me quitte pas

Alors, comment pouvons-nous négocier un temps pour soi de solitude? Des expressions telles que « J’ai besoin d’espace, d’un sas de décompression » vexent, car ils seraient l’expression d’un rejet déguisé. Les gens se rencontrent. Ils sondent mutuellement leurs goûts et points communs. Les questions glissent, deviennent sérieuses. «Où veux tu vivre? Veux tu des enfants? » Ajoutons à ces entretiens d’embauche du couple sociétal: « Aimes-tu rester seul et combien de fois ? ». Voici ce qui serait un changement significatif.

Alors la plupart des individus idéalisés devient des êtres humains ordinaires. Avec la réapparition de cette réalité, l’agitation née de trop peu solitude devient apparente. Les couples apprennent à aménager cette impasse de l’habitude par une renégociation de la quantité du temps passé ensemble et du temps passé seul.

En tant qu’individus dans une relation, les gens se transforment constamment les uns les autres. L’engagement peut être un sacrement ou une chaîne autour du cou. Un moment de solitude nous permet de réfléchir et d’arranger les choses. Il n’est pas seulement un moyen d’échapper à ce collage et à cette emprise symétrisée mais plutôt de trouver un chemin de retour vers l’autre grâce à la simple contemplation.

Re-pense toi

Nous connaissons tous des artistes créateurs célibataires. La solitude est une voie importante vers la créativité. L’artiste en chacun prendra le risque d’une déconnexion, pour se forger une vie heureuse et utile.

La solitude est nécessaire aussi pour permettre à l’inconscient de traiter et de démêler les problèmes. Nous avons besoin de calme pour comprendre les choses, pour voir émerger de nouvelles découvertes, pour déterrer des réponses originales. Se laisser glisser dans la rêverie s’avère extrêmement productif. Les temps de solitude sont les grands protecteurs de l’esprit humain Mes patients dénouent leur dilemme, dans l’après coup de la séance, une fois seul. Dès qu’ils me quittent, moi aussi.

DSK.


Tout le monde ment.

DSK est il innocent? – peut être. Mais n’espérons plus la réponse à cette question. Son procès ne répondra pas à cette interrogation. Les débats, proclamant chercher la vérité la contourneront. S’il plaide aujourd’hui une relation consentie, c’est pour tactiquement déséquilibrer l’accusation et éventuellement rendre compte de la réalité des faits. Ses avocats vont travailler à l’innocenter mais nous ne saurons jamais ce qui s’est vraiment passé dans cette suite 2806. Car la justice des hommes restera une justice fabriquée et rarement être innocenté rapporte une innocence avérée.

Autre chose, il semble que DSK même innocent ne l’est que partiellement et on souhaite que cette affaire soit pour lui une expérience révélatrice, qu’elle lui montre qu’une vie accomplie peut outrepasser une obsession pour la consommation charnelle des femmes.

Ce que cette affaire médiatique et médiatisée nous donne à voir est ailleurs.

Les conjectures des journalistes, les procès en sorcelleries de « ceux qui savaient », les accusations à retardement, l’emballement des forums montrent à quel point l’inculpation de DSK puis sa détention captive, choque ou soulage.

Pourquoi sommes nous si concernés et si curieux?

DSK est un homme accompli. Il aligne les réussites sociale, professionnelle et sentimentale. Diplômé d’HEC, ancien ministre, président du FMI et futur candidat à la présidence de la République Française, il épouse, en troisième noce, Anne Sinclair, une femme à succès, riche, célèbre, belle, intelligente, active, érudite, ambitieuse . Il est Juif, appartenant à ce peuple si proche et si lointain et à l’histoire légendaire. On l’appelle DSK. Son patronyme est alambiqué. Dans la course à l’Élysée, il restait secret sur ses intentions, entretenant notre impatience, donc son mythe.

DSK est un fantasme et à ce titre, fixe tous nos imaginaires.

Le point de capiton final de la suite de ces attributs fantasmagoriques est sa licence sexuelle. DSK se permet les 400 coups! Il est socialement complet et il se permet de vivre une sexualité débridée et sans limites. Il est le héros des hommes et l’Apollon des femmes, un Apollon heureux de surcroit. DSK est aussi ZEUS le roi des dieux, Thésée le réformateur, Héraclès des 12 travaux, il se permet tout et les éléments le portent et s’ouvrent à lui. Il est un des satyres lubriques du dieu Dionysos, le dieu des excès et Dionysos lui même. Il est notre champion.

Sentiments ambigus

Les dieux sont intouchables, inattaquables. Ils réalisent, dans leur vie, ce que nous ne pouvons, et leur statut d’immatériel bouchonne notre jalousie. Mais inconsciemment, notre envie demeure et l’image de DSK menotté, faisant chuter notre pacte de non jalousie, nous confronte à notre fantasme. Les derniers bulletins d’actualité convoquent enfin le principe de réalité et le sens commun.
Il nous apparaît en définitive immoral de tromper sa femme, de ne pas contenir ses pulsions, de mêler et d’étayer une réussite sociale avec une transgression systématique d’une des valeurs de notre société.
DSK redevient un homme avec ses faiblesses et ses impuissances.
Apeurés en même temps que coupablement comblés, nous sommes fascinés par ce dieu se transformant devant nous en homme, pire en enfant.
Cette fascination rincée, il nous restera à renoncer, tristes, à ce fantasme de la toute puissance jeté dans le réel. Il restera à DSK à faire le deuil de l’enfant, pervers polymorphe, en lui, .

Nous aussi, Dominique, nous aimons les femmes cependant que la plupart d’entre nous s’est désisté du projet de les posséder toutes. Nous ne l’avons pas fait avec joie et pourtant…

Pourquoi on ne va pas consulter?


Freud a écrit, avec moult contributeurs, une science des rêves, une Traumdeutung (L’interprétation des rêves, publié en 1899, daté de 1900) qui s’est voulue une compilation de plusieurs cas fournis par des psychanalystes différents. Condensant plusieurs rêves, ce livre présente des études exemplaires de cas paradigmatiques, soutiens à de futures explorations. Mais Freud n’a pas découvert la clé des songes. Parce que la clé des songes n’existe pas. En 3050 sur la planète Mars, les descendants du père de la psychanalyse trouverons toujours autant d’embarras à interpréter un rêve sans son contexte, sans la connaissance de l’histoire et de la vie du rêveur, sans pouvoir intuiter à qui s’adresse le rêve et comment s’organise la reconstruction de ce rêve au réveil. La psychanalyse est une science toutefois non expérimentale, chaque analyse est unique, et rien ne peut être reproduit en laboratoire.

Ce rappel n’en est pas vraiment un car la plupart d’entre nous le sait, l’imagine ou le devine.

Pourtant, je suis souvent sollicité dans des dîners en ville par des inconnus qui me prient d’interpréter ex-nihilo un rêve ou un cauchemar. Je me plie volontiers à l’exercice proposant des pistes plus qu’une interprétation. En chacun, il existe une velléité à consulter, à se faire suivre. Cette curiosité narcissique restera le plus souvent un projet sans cesse remis.

Pourquoi donc ces personnes ne consultent pas?

Peur du changement

Une psychanalyse, et toute psychothérapie, promet le changement. Si l’on acceptera volontiers de changer ce qui nous fait souffrir, on sera terrorisé à l’idée de changer corollairement d’autres choses. On reproche, par exemple, à la psychanalyse d’inciter au divorce. C’est souvent le cas. Mais un divorce s’il se produit, il sera le résultat de surcroit, certainement conséquent socialement mais aussi tellement profitable pour votre économie psychique.

Peur du symptôme

Un jour, votre symptôme, nausée, angoisse, vomissement, maux de ventres, toc, s’accélère. Votre inconscient vous pousse à consulter. Vous téléphonez pour prendre rendez-vous avec un psy. Vous vous sentez déjà mieux car vous avez entendu et donner raison à votre demande inconsciente. Mais vous ne souhaitez pas vraiment quitter le symptôme. Vous le connaissez. Vous l’avez apprivoisé. Il vous protège car il vous enveloppe d’un scenario personnel et intime. Il est à vous et vous vous inquiétez de le voir s’arracher à vous dans la douleur. Vous respecter le principe du moindre mal de Conrad Stein (rip).

Peur de la régression

Entreprendre une psychanalyse, c’est aussi s’autoriser à pleurer, à geindre, à se plaindre. Votre ego s’y oppose. Vous dites: « je dois rester performant au bureau, assumer mes responsabilités ». Vous pensez:  » j’ai honte de pleurer ». Vous dites : « je ne suis pas fou ». Vous pensez : « je vais devenir fou ».

Peur de l’évidence

Pour sauver votre amour propre, vous accusez les autres de votre mal être. Vous pratiquez l’imputation à l’autre de vos maux plutôt que hasarder votre implication. Vous parlez des heures au téléphone avec votre meilleure copine. Vous connaissez des insomnies fréquentes. Vous ne voulez pas consulter car vous croyez que ça va passer.

Peur de faire allégeance

Le pire et le plus efficient des freins à la consultation est le conseil d’un ami, d’un père d’une mère. Entreprendre une psychanalyse est un projet personnel qui procède d’une envie de s’occuper de soi, au contraire d’une obéissance à une injonction.

Pourquoi certains consultent quand même?

Étonnamment, la psychanalyse est réservée aux gens normaux, à ceux qui savent verbaliser, à ceux qui sont capables d’un regard critique, à ceux qui sont déterminés à changer, à évoluer, à s’améliorer. Cette opiniâtreté sera étayée par le coup de pouce fourni par l’inconscient … qui décide beaucoup.