GRISELIDIS REAL


La prostitution comme un réel[1].

Seul l’amour permet à la jouissance de condescendre au désir[2], disait Lacan.

Mais à y regarder de prés, quelle angoisse !

Comme cette angoisse chez le client de la prostituée qui par sacralisation de la sexualité des parents, la désacralise avec une professionnelle, dans une alcôve tarifée. Et y répond l’angoisse chez cette professionnelle qui ne promet que ce qu’elle ne peut donner. La prostitution est une histoire d’argent qui passe par le corps et contourne l’amour. La psychanalyse, aussi cependant qu’elle passe par l’amour en contournant le corps. Reste le transfert, et ce paiement qui l’installe chez la prostituée ou le dédommage chez le psychanalyste. Et dans ce transfert, ça répète, tristement.

Grisélidis REAL (ce texte est l’à propos d’une soirée théâtre & psychanalyse  à venir le prochain 31 mai)  interroge les  questions cardinales de la psychanalyse :

Qu’est ce que le féminin ?

La prostitution n’est pas le plus vieux métier du monde mais l’échange de femmes, du corps de la femme constitue un fondamental des structures élémentaires de la parenté. Ce plus vieux terme de l’échange pose le principe d’inégalité et d’asymétrie. Mais alors, qu’est ce qu’une femme si elle échappe à la règle bourgeoise de la jouissance à disposition. Que devient une femme qui s’exonère du rapport de force et, en retour utilise son corps affranchi de ce rapport et chutant dans le réel,  pour en poser un autre imaginé non par elle mais pour l’homme, ce client qui là s’imagine donc se trompe.

Et pour l’hystérique qui se constitue par le désir de l’homme mais aussi par l’élection par un homme, que devient une femme s’il existe des femmes au tarif connu, des femmes au rayon d’un supermarché de la prostitution où une femme en vaut une autre.

Qu’est ce que le corps ?

Nous savons, depuis Freud que ce n’est pas seulement ce qu’il y a de plus profond en nous qui peut être inconscient mais ce qu’il y a de plus élevé. Au fond quasiment toutes les injonctions toutes les identifications, toutes les interdictions sont refoulées et en tant que telles domiciliées dans l’inconscient. Ainsi elles organisent la résistance à l’insu du sujet.

Dans cette dialectique de l’imaginaire et de son symbolisé, dans la rencontre du client chargé de son fantasme et de la prostituée toute à sa précaution professionnelle nous pensons comme une einsicht à cette phrase de Freud :   –nouvelle démonstration que le moi conscient ne représente que notre corps[3] , que la résistance du sujet ne décroche que dans ce réel.

Qu’est ce que le père ?

Un père, qu’il soit celui de la horde, celui de la suppléance de la mère, celui de l’Œdipe ou celui du Moise de Freud, est  là où se décide l’économie sexuelle et l’application de ses règles. Qu’est ce que le père alors si Griselidis REAL, autonome et libérée de cette fonction haute du père (des noms du père ?) dispose de son corps dans l’imaginaire de ses clients, dans le symbolique de la relation marchande, dans son réel à elle, traversée par son discours mais sans en faire rien ?

Cette pièce se propose d’interroger la prostitution:  Les partisans de l’abolition poursuivent-ils, par ce qu’Orwell appelait l’esprit de gramophone, la préservation et de cette fonction du père, et de la sacralisation de la scène originaire et de la règle de l’amphimixie asymétrique?

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[1] La prostitution entre abolition et libéralisation est un sujet actuel du politique. Nous ne voulons nous s’y soustraire. Toutefois, nous souhaitons, dans les pas de Griselidis Real, nous intéresser strictement  à  la prostitution féminine  librement consentie et, toujours en sa mémoire, considérons antiféministe primaire celui qui viendrait rejeter pour invraisemblable  le consentement libre en cette matière.

[2] Séminaire L’angoisse. Lacan.

[3] Au delà du principe de plaisir, Freud 1920.

Thérapie de couple.


Couple-in-BedDans un couple ou une dyade, il en va des griefs comme des deuils. Et deux vérités, aussi  légitimes qu’incompatibles cherchent à s’annuler l’une l’autre. Lorsqu’une relation de couple semble blessée, je vous aiderai à rétablir le dialogue et la communication nécessaires pour poser et peut être résoudre les conflits.

A savoir  avant de prendre rendez-vous : La démarche d’introduire une tierce personne dans la relation, le psy,  se fait le plus souvent lorsque le couple est dans l’impasse et que la communication se fait difficile, chacun reproche à l’autre d’être la cause de sa souffrance et se voit en victime. Introduire ce tiers va alors permettre de rétablir la communication, ainsi chacun peut s’exprimer, et expliquer sa vision au sein du couple.  Il n’est pas question de déterminer qui a tort ou raison, mais d’arriver a gérer les conflits en rétablissant une communication et une harmonie dégradées. Il peut arriver que les partenaires ne se reconnaissent plus dans l’entité (ses codes, ses habitudes, ses règles) du couple. Il est plus question des insatisfactions au sein de la relation et moins de se focaliser sur les insatisfactions et griefs porté sur l’autre, une interprétation est faite permettant de comprendre les mécanismes des conflits, d’y intervenir et donc d’avancer. Si l’un des deux partenaires refuse de participer à la thérapie, inutile d’insister, il faut que les deux participants soient animés par la même volonté de dépasser cette crise, et de réussir à sauver leur couple. La durée de la thérapie sera différente selon les difficultés rencontrées au sein du couple, variant de quelques jours, à quelques semaines, voir plus.

Homoparentalité I


Qu’est ce qu’une table ?

C’est un plateau avec quatre pieds. Il y a la table basse, la table ronde, la table à repasser,  il y a la table de la salle à manger de notre enfance et la table de multiplication de l’école primaire. Il y a toutes sortes de tables et chacun de nous en connait plusieurs, toutes différentes. Nous avons chacun  la nôtre,  les nôtres.Nous sommes tous d’accord sur une seule chose : sur ce qui n’est pas une table. La table est ce qui reste lorsque nous avons retiré tout ce qui n’est pas une table.

Le langage constitue un système au sein duquel les mots se combinent et évoluent d’une façon qui s’impose à ceux qui la manient. Le destin de notre inconscient est de s’exprimer par ce langage, celui-ci témoignant de celui là.

Notre pensée articule les mots avec des images ou des concepts prenant en compte le contexte, notre bio et nos affects associés. Ce qui reste prédicatif et universel est le principe de différenciation entre la table et la non-table.

Il en va de la même façon, ô combien, pour le genre. La différenciation des sexes, entre féminin et masculin, est un invariant mental et l’irénisme inter- genres occupera ensuite notre psyché. Nous en avons tous fait l’expérience lorsque nous avons tenté d’interpréter un de nos rêves. Nous avons substitué tel personnage du rêve à notre mère, ou à notre père ou à notre conjoint, en associant par sexe.

Enfant, on m’expliquait que les garçons naissaient dans les choux.  J’ai refusé, pas dupe, cette explication, peut être  parce que je détestais les choux. Aussi parce que  j’avais intuité à regarder ma mère et mon père, que tout s’était passé par là.

L’angoisse de castration procède de cette différenciation des sexes et le complexe d’Oedipe n’est qu’une contingence d’aménagement. Sans cette peur de la castration,  la construction psychique échoue.

L’enfant adopté d’une famille homoparentale n’échappera pas à cette convention psychique.  Le biologique est un indépassable. L’enfant  n’acceptera sa condition que s’il s’approprie cette combine qui a consisté à faire intervenir une personne tiers dans sa conception. Ce tiers, au titre de la différenciation des sexes,  est incontournable à sa construction mentale.

Un enfant se construit par et pour  le désir de ses parents, il n’est d’abord qu’un projet porté par d’autres, son père et sa mère, eux-mêmes ayant été reconnus, soutenus  par un couple d’autres, la grand-mère et le grand-père. Que le père soit déficient, que la mère soit morte n’exonèrent pas l’enfant de ce schéma. Il se pense dans une lignée. Les enfants nés sous x (é)prouvent  cette claudication mentale.

C’est à ce titre que je ne crois pas à un enfant avec deux papas ou deux mamans, le tiers est furieusement capital. La nature est extrêmement réactionnaire sur ce sujet. Notre inconscient refuse non par moralité, comme nous le donneraient  à  penser les oppositions des églises, mais par substance. L’inconscient est amoral ;  lorsqu’il exige la différenciation des sexes, il ordonne que le monde réel lui soit intelligible, que ses fictions soient plausibles.

Il me semble.

Perversion des kamikazes


Le japon est inventif pour faciliter et agrémenter nos quotidiens. Il exporte beaucoup de technologie surtout électronique. Les restaurants japonais sont « tendance » et se retrouvent aujourd’hui dans le monde entier provoquant même une pénurie de certaines espèces de thon.

Ce que l’on sait moins est que le japon a aussi exporté aux États Unis et ailleurs une perversion hallucinante: le sharking.

Le sharking, que l’on peut traduire par l’attaque abusive du requin, consiste à repérer une femme dans la rue, à la guetter puis, rapidement dans une attaque éclair, comme le ferait un requin, à se ruer sur elle pour lui arracher son t shirt ou chemisier découvrant sa nudité. Cette pratique se justifie comme un gag, comme une blague de potache. La victime n’en est pas moins choquée.

Il existe des déclinaisons du sharking.

L’auteur tirera de force non le haut mais le bas, la jupe ou le pantalon de la femme toujours sans son consentement, pour exposer sa féminité.

Un compère filmera la nudité. Le visage de l’auteur des faits sera ensuite flouté. Ces vidéos sont très populaires au japon.
Le sharking consiste aussi à filmer des dessous lors d’instants volés dans des cabines d’essayage, des escalators etc…

Plus lâchement, l’intimité sera volée pendant le sommeil de la victime. Certains iront jusqu’à se masturber sur les vêtements de la victime endormie. (Voir Nobody likes the shark)

Que raconte cette pratique?

Qui n’a pas enfant fait le rêve d’être surpris nu ou à moitié nu. Qui n’a pas espionné une sœur, une tante ou ses parents? Le propos est à chaque fois le même; il s’agit du désir du dévoilement , dont l’avatar princeps est la scène primitive, et le carburant premier l’excitation de l’interdit.

L’éjaculation sur la belle endormie agrée les vêtements de la victime comme une seconde peau, la peau alors pensée comme le sac enveloppant du contenu psychique. Utiliser cette seconde peau et en jouir réifie le lien fusionnel des premiers temps de la vie du bébé avec la peau de sa mère tout en élaborant la nécessaire différenciation psychique et corporelle en convenant de son absence.

La pulsion sexuelle est par nature et en partie agressive. La pratique du sharking s’autorise à cette agressivité en la réservant à une victime rendue consentante par la volonté et l’ingéniosité de l’agresseur.

Ou s’arrêteront ils?

La forme la plus élaborée du sharking s’appelle en anglais: le cumshot sharking. L’individu se prépare à l’abri du regard de sa victime. Dans la pratique, il se masturbe en cachette. Puis il se rue sur la femme qu’il avait repérée pour éjaculer sur ses vêtements ou son visage.

Nous n’avons définitivement aucun doute sur le caractère d’agression sexuelle de cette pratique. Mais comment cela est possible? Comment peuvent ils se préparer? Le mystère demeure, sauf peut être à imaginer une préparation sous la douche d’une chambre d’hôtel tandis que la victime, la femme de ménage, s’affaire à son labeur.

La ménopause comme un nouveau départ


Le sexe après la ménopause n’est pas juste une perte, il peut aussi être une occasion de croissance, de guérison, de plaisir et de satisfaction.
Bien sûr, la ménopause n’est pas un moment facile pour beaucoup de femmes. Elle apparaît comme un moment de deuil, un temps pour faire le point et faire face à la vieillesse et la mort. Mais c’est aussi un moment dans la vie d’une femme pour essayer quelque chose de nouveau, faire différemment. Et le sexe peut jouer un grand rôle dans ce chemin.

Une bonne approche clinique avec les femmes ménopausées mécontentes de la qualité de leur vie sexuelle, consiste en deux parties. Cette approche s’adresse particulièrement aux femmes qui, ménopause venue, expriment une crainte ou une peur du sexe.

Le déclin, voire le désistement, de l’intérêt pour le sexe est un aléa connu qui inquiète beaucoup de femmes ménopausées. Certaines patientes avouent qu’elles choisiraient d’abandonner définitivement le sexe si ce n’était pas pour leur partenaire. Lors de leur entrée en péri-ménopause, elles deviennent moins intéressées et plus ‘évitantes’.

Il existe une quantité de raisons pour lesquelles une femme peut voir chuter sa libido par la ménopause: l’affaiblissement des hormones sexuelles ou un corps moins attractif. Autre chose, le sexe, qui reste à certains égards une gymnastique, devient physiquement plus difficile . Mais les symptômes physiques ne sont que l’arbre qui cache la foret. Il existe un ensemble de remèdes pour traiter ces symptômes .

De l’autre côté de l’équation, les changements de mode de vie concourent à faciliter l’activité sexuelle : les enfants vivent maintenant hors de la maison, la contraception cesse d’être une gêne. Malgré ces nouvelles conditions facilitantes, certaines femmes deviennent craintives et anxieuses.

Pour beaucoup cette altération de la sexualité est anxiogène, cependant que difficile à traiter à cause de la honte attachée à ce sujet. Souvent, une femme ménopausée entre en traitement pour des questions sans rapport avec le sexe, le plus souvent pour une dépression suspectée ou réelle. L’émergence du problème de la baisse de la sexualité est accompagnée d’un sentiment d’embarras.

La dépression fonctionne ici comme un contenu manifeste d’une pensée conflictuelle qui utilise l’arrivée de la ménopause de façon opportuniste pour faire parler d’elle, intriquée dans une tentative d’enterrer, de refouler, d’oublier une ancienne vulnérabilité, décidée même à la faire taire totalement et pour une dernière fois.

Dans la première phase du traitement, je me concentre sur des expériences qui peuvent avoir semblées comme anecdotiques à l’époque mais sont devenues dans l’après coup douloureuses, humiliantes, traumatisantes.

Cela pourra être un viol, des attouchements, une licence sexuelle mal assumée, un dépit, une duperie, une première expérience ratée, au fond toute aventure fondatrice d’une sexualité, un épisode qui aura été, au titre du traumatisme, dissocié, isolé.

Le plus intéressant est que ces « aventures sexuelles » peuvent ne pas avoir été vécues comme douloureuses, humiliantes ou traumatiques au moment de leur survenue. Il n’est que rétrospectivement, en passant par les changements de la ménopause et par les difficultés sexuelles alors éprouvées que ces événements adoptent le statut du traumatisme.

La deuxième phase du traitement se concentrera sur les sentiments érotiquement éloquents pour le patient, candidats à faciliter la reconnexion au désir sexuel (un inventaire Lacanien des objets petit a).

On pourrait nommer cela une enquête détaillée de l’érotisme. Cette enquête exige un certain degré de courage et une ténacité patiente. Cette exploration mentale de sa sexualité se doublera d’une nouvelle initiation avec le partenaire. Finalement, la relation sexuelle s’améliore à un point situé au delà de ce qu’elle avait été, en se plaçant au plus proche de l’endroit du désir. Et la ménopause n’est plus une transition douloureuse pour devenir une expérience révélatrice. Ce bilan de la sexualité, pratiqué en séances, rend la ménopause contributive d’un progrès.

Certaines femmes perdent progressivement l’intérêt pour le sexe à l’approche de la ménopause et finalement l’abandonnent définitivement. Pour d’autres, c’est un moment où les insatisfactions de leur relation sexuelle entrent en discussion, un moment dans leur vie où elle peuvent essayer quelque chose de nouveau, un moment de rupture pour faire les choses différemment et devenir les auteures de leur propre désir.