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Le pervers narcissique


a72e7769b75e749d421d27ff46b2b8baPour Racamier, l’inventeur du concept dans les années 80, la perversion narcissique est une organisation durable caractérisée par la capacité à se mettre à l’abri de ses conflits internes, et en particulier du deuil, en s’étayant narcissiquement au détriment d’une autre personne pris comme sujet objectivé et manipulé comme un ustensile ou un faire-valoir. Elle serait donc une structure psychique au sens de la psychanalyse. Pour la clinique, l’élément relevant est ainsi : il n’y a rien à attendre de la fréquentation des pervers narcissiques, on espère seulement s’en sortir indemne car les relations avec un pervers narcissique (PN) sont nocives. Pour la clinique encore, la notion a tant cannibalisé le discours de certains analysants qu’il ne s’agit plus de se demander si le PN existe, mais plutôt de comprendre ce qui se joue autour de cette notion branchée. Peu nous importe de constater que le PN n’est pas une nosologie puisqu’il s’agit non de ‘guérir’ le malade mais ses victimes. Peu nous importe de savoir si le pervers narcissique prouve son existence par la portrait des dégâts que lui créditent ses autoproclamées victimes. Peu nous importe au fond s’il la prouve, dans l’au delà d’une argumentation ou d’une réfutation de la preuve ontologique, par une reconnaissance apportée par un désir des victimes ou des médias. Peu m’importe car je pose ici, parodiant Feuerbach et afin de m’y intéresser sans réserve que la femme [1] créa la perversion narcissique à son image.

Les deux notions freudiennes de la psychanalyse qui se conjuguent dans ce concept sont la perversion et le narcissisme.

La perversion

Freud définit la perversion en décrivant et recensant les aberrations sexuelles. La perversion est définie comme une action déviante. Les perversions concourent chez l’enfant à l’élaboration de la sexualité. Elles collaborent à son apprentissage et de l’objet sexuel et de ses modalités de saisie et d’appropriation. Un simple baiser, en détournant la sexualité de son but naturel est déjà une perversion. Les préliminaires sont à l’âge adulte autant de résidus des perversions de ce pervers polymorphe que nous étions enfants. Tout est pervers au fond. Cependant la perversion comme trouble pervers rapporté à une personnalité perverse est cette inclination compulsive et répétée à détourner les choses de leur vraie nature en vue de mettre en place un mécanisme de défense, c’est-à-dire un phénomène psychique qui vise à éviter une souffrance interne.

Cette inclinaison compulsionnelle est un marqueur de la nature perverse en tant qu’elle utilise l’autre comme une chose, comme un instrument ou un support, en vue d’extérioriser et de projeter sur lui ce qui est considéré comme insoutenable ou déstructurant pour l’individu. Le pervers utilise ce dispositif mental afin de se prémunir de l’intolérable. L’origine de cette utilisation destructrice de l’autre est donc axiomatisée par le pervers comme un aménagement défensif, projetant sur un mode paranoïde sescontradictions internes et les douleurs associées qu’il refuse de ressentir. Lorsque ce mécanisme tend par ailleurs à valoriser l’égo, à étayer l’image extérieure de soi, Racamier propose de parler de perversion narcissique. Toutefois, une perversion a toujours un versant de réparation narcissique. Par exemple, l’ acte, ou son projet, d’imposer à l’autre d’une relation sexuelle au détriment de sa volonté et à l’encontre de son désir propre est une perversion, et aussi un trouble farouche du narcissisme et de l’empathie en miroir. À ce titre, nous serions tous des pervers narcissiques en puissance. Uniquement, le passage à l’acte, sa répétition, et le recours quasi exclusif à ce dispositif estampillent le PN.

À sa source, la perversion est un fonctionnement défensif, utile à tout un chacun. Néanmoins, chez certains, ce mécanisme s’installe comme structure en ce qu’elle leur permet d’éviter la souffrance psychique, l’angoisse, les épisodes de pertes (deuils, vieillissement, maladie, mort…) ou la remise en question de soi-même. Plus ce mécanisme est utilisé, et plus il se renforce, car l’utilisation de l’autre comme instrument et objet de sa perversion prive la personne perverse d’un retour affectif structurant. Nous sommes tous des pervers épisodiquement, mais dans la perversion narcissique décrite par Racamier, la dimension antinarcissique, cette empathie oblative qui vient naturellement compenser nos penchants égocentriques est devenue inopérante : elle aurait disparu, se serait effacée. Le pervers narcissique a paradoxalement besoin des autres et de leur empathie mais il besogne avec tant d’application à les rendre ustensiles pour échapper à sa conflictualité interne qu’il gomme le rapport humain. Un trouble de la personnalité narcissique a habituellement comme destin d’être compensé par une pulsion inverse. Dans le cas de la perversion narcissique, cette pulsion inverse devient imperceptible. La perversion est une antirelation dans laquelle l’autre est objectivé. Le PN colonise la pensée de l’autre sans se laisser empiéter.

Le narcissisme

Le narcissisme est le fondement de la confiance en soi. Lorsqu’elle est défaillante, lorsque la grande fragilité du sujet est un chantier à ciel ouvert, alors le terme peut désigner l’importance excessive accordée à l’image de soi. Le trouble du narcissisme chez le PN est un intérêt excessif pour soi, pour l’image de soi, associant survalorisation de soi et dévalorisation de l’autre, habituel chez l’enfant, courant chez l’adolescent, compensatoire chez l’adulte. Son corolaire est une tentative d’annulation de l’autre, concurrent insupportable. Le jeunisme de certaines mères, pratiquant la chirurgie esthétique est un trouble narcissique souvent délétère pour leur fille. Si la mère est la jeune, alors où est la fille, sauf à être un objet négligé ou annulé par la mère, soit pire, à être un objet requalifiant la mère par une validation forcée et une complicité tout aussi imposée qu’artificielle.

 Pourquoi ca marche

Mon propos ici ne sera pas la nosologie de ce néosyndrome, mais plutôt de comprendre pourquoi tant de patientes sont confrontées à des êtres aussi nocifs. Car il m’est toujours étrange de voir des personnes tombées dans le panneau, de devenir pour certaines avec autant de facilité des victimes consentantes, jusqu’à glisser lentement faire une dévalorisation de soi même de nature mélancolique, ou le moi est devenu selon l’expression de Freud pauvre et vide.

La perversion est un déni :

Chez le PN, le mécanisme inconscient est le déni de la castration. Et ce refus d’admettre la différence des sexes opère chez lui un clivage. Dans la vie sociale, le PN se comportera souvent comme un citoyen, un hôte, un invité ou un employé modèle et exemplaire tandis que dans sa vie sexuelle et sentimentale il ne pourra atteindre ce qu’il désigne comme sa jouissance qu’à certaines conditions qui lui sont propres. Si ces conditions entrent en conflit avec les lois sociales, il sera tenté de les transgresser ; et si ses conditions entrent en conflit avec les voies de plaisir de son partenaire, il sera tenté égoïstement de pratiquer la manipulation avec la plus grande mauvaise foi, le déni se combinant malicieusement avec le biais paranoïde. On aura compris que le clivage du PN rend son piège diabolique pour la victime. En couple avec l’homme socialement le plus charmant qui soit, il est incongru de se plaindre et ainsi de dévoiler ce qui se passe au sein du couple, car les proches s’étonneraient ; la souffrance se conjugue avec l’isolement. La situation vectorisée par la solitude se consolide.

La perversion féminise :

Pour Freud, la grande différence entre le pervers et le non-pervers, c’est que le premier reste fixé dans son développement à la question de la non-différenciation sexuelle et que, d’une certaine façon, il a besoin d’y croire pour jouir. Aussi, chez lui ilya une grande porosité psychique entre le masculin et le féminin, et son versant féminin opère sans cesse. Ceci explique que certains PN choisissent dans leur panoplie des femmes mariées pour assouvir par un édifice secret une homosexualité latente où le mari de leur victime joue son rôle sans le savoir sur la scène de leur Oedipe inversé. Par cette féminisation, la victime a un lien très robuste avec lui, car si elle l’aime c’est qu’elle aime ce morceau de la femme qu’elle repère inconsciemment chez lui. Ce bord féminin du PN que sa victime va aimer lui donne la promesse d’entrevoir ce qu’elle recherche de son propre féminin. Cette féminité qu’elle pourchasse l’attache par une corde imaginaire telle une proie. Elle ne peut le quitter, car le quitter serait se quitter elle-même.

La perversion est étrange :

Joyce McDougall interroge la perversion comme création d’une néosexualité, cette nouvelle sexualité se fonde sur une scène primitive sans cesse réinventée. Là où Freud présentait des défenses perverses spécifiques relativement à une situation œdipienne, elle insiste sur la sexualité archaïque venant protéger le sujet fragile, écrasé par une position dépressive foncièrement défaillante. La perversion se déguisera en polyamour, en donjuanisme, en réalité se fait écho d’un manque, d’un manque historique, ancestral pour le sujet. Ce manque en réactualisant le refoulement primaire, cherche à disqualifier l’origine du sujet et le sujet lui-même. Le PN semble venir d’un monde d’avant lui même, extraterritorial dans le temps et l’espace, un monde où l’on ne meure pas. C’est son aura. Devant cette étrangeté fascinante, la victime, goutant le parfum enivrant d’une transgression, ne sait quoi penser et cette sidération la fige encore un peu plus.

La perversion est menteuse :

Le PN a recours à la manipulation, c’est son indispensable. Il a pour cela deux énormes atouts. D’abord il consacre, tel un drogué, toute son intelligence à cette manipulation, et ses mots, sa rhétorique au service de son dessein flatte un peu plus sa victime. S’autorisant tous les mensonges, il saura dire les mots qu’il faut au moment qu’il faut. Mais le deuxième est plus grand atout du PN est qu’il n’aime personne, encore moins lui-même. Et c’est parce qu’il ne connait pas l’amour et qu’il se fait aimer par des femmes qu’ils n’aiment pas que sa force de manipulation est absolue. Son désir condescend au plaisir physique sans amour. Il a traversé un tabou qui lui donne une allure d’extra terrestre (ou de prince charmant !) : il sait dire je t’aime sans aimer. La victime ne peut se désister de ce tabou. Elle restera pour attendre, vainement, réparation.

La perversion fait mal :

Le PN ne se contente pas de déposséder la femme de sa subjectivité, la rendant objet dans sa névrose narcissique, il l’accompagne dans cette douleur. Il caresse une femme inquiète, suspicieuse dans le sens du poil, i.e. dans le sens de son sentiment de culpabilité. Quant à son souffre-douleur, elle convoque son masochisme et savoure chaque mortification comme un moment magique d’abandon total au désir de l’autre. Une analysante me confiait que sans ça elle ne sent rien. Ce que le PN réussit le mieux au fond est de faire croire à sa victime qu’elle vit, que tandis que lui se consacre à la survie de son moi cacochyme, elle est projetée par son truchement dans la vie, et cette suppléance sur le mode hystérique est certainement sa carte maitresse. Elle restera de peur que les deux s’écroulent dans l’ennui.

La perversion est multiple :

La perversion est toujours ambivalente. Puisqu’elle concerne la pulsion, la perversion est par essence ambivalente. Le voyeurisme appelle l’exhibitionnisme, le masochisme le sadisme. Chaque perversion a sa face active, sa face passive. Le pervers narcissique appelle la perverse narcissique comme une complémentaire de son penchant. Il ya donc des couples dePN où l’appariement est parfait. Le PN déclenchant la perversion de sa victime l’infantilise. Elle reste parce que la décision de partir est interdite à cet enfant qu’elle est devenue.

La perversion est futée :

Il reste enfin à dédouaner les victimes en les incriminant. Le PN a cette qualité de savoir choisir ses victimes. Il repère les failles narcissiques pour les boucher par le logiciel qui consiste à l’aimer. Il repère les femmes imbibées par le sentiment de culpabilité de leur névrose et de leur angoisse de castration pour les précipiter dans sa transgression. Dans le meilleur des cas, il souffle à l’oreille de l’inconscient de sa victime – tu ne peux t’aimer sans m’aimer d’abord, dans le pire des cas, il s’adossera sur une érotomanie pour transformer sa victime en pantin dans un système sectaire réduit à deux. Elle ne part pas persuadée que sans lui elle n’est plus rien.

En résumé, la perversion narcissique est une guerrière polyarmée. La combattre sur un flanc ne préserve pas la victime d’être attaquée par une autre arme sur un autre flanc. Le chemin est long de la désaliénation et j’ai souvent assisté à des guerres gagnées contre un PN aussitôt remplacé par un autre, son Ménechme. Toutefois, le chemin de la libération du PN parce qu’il est le chemin de l’affranchissement au discours de l’autre, constitue l’être pensant. Ce chemin est pour beaucoup de femmes une odyssée, un pèlerinage vers soi même. Peut-être qu’on ne nait pas femme, mais qu’on le devient par le truchement du PN. Aussi long et douloureux, ce chemin permet l’avènement d’une liberté de conscience jamais atteinte autrement. Il faut s’exonérer puis se débarrasser du pervers narcissique, car, nuisible, il ne sert à rien, … du moment qu’on s’en sert.

 

[1] je me limite dans cet article aux pervers narcissiques hommes et hétérosexuels.

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Auto Thérapie de couple


quai-des-brumes-1938-08-gVous vous querellez dans votre couple. Votre implication dans cette relation est si grande si riche et si complexe que le challenge consistera  à assurer à cette dispute une fonction méliorative.

Voila dix règles simples à respecter.

1. La première règle est de choisir le  bon moment et le bon endroit. Le bon moment sera un moment choisi ; il est essentiel que cette querelle ne débute pas au plus fort de votre colère. A chaud votre esprit  cherchera plus à calmer votre tension que d’élaborer ce que vous avez à dire. Au moment opportun, à intervalle de votre ressenti, vous  serez dans un endroit où vous pourrez parler ouvertement et où rien ne viendra vous déranger car une dispute doit durer et ne  se finir que lorsque les choses sont dites, qu’est atteint  le moment où les mots deviennent inutiles. Vous choisirez un endroit où vous pourrez vous asseoir l’un en face de l’autre, avec un contact visuel fort. Vous éviterez les querelles par téléphone ou pire par sms,  car sans contact visuel, les mots s’extrémisent, les positions se radicalisent.

2. Évitez les mauvais départs. Évitez  le dénigrement, le sarcasme ou les mots cruels. Si vous commencez à blâmer ou à insulter,  votre partenaire va chercher  à se défendre plutôt que de soutenir vos besoins et sentiments. Essayez plutôt de commencer par un compliment, rappelant  ce que vous appréciez chez votre partenaire. D’ailleurs, cette dispute reste la preuve et le rappel que  vous êtes attaché à cette relation et que vous avez à cœur qu’elle réussite,  qu’elle s’amende vers le mieux. Commencez par expliquer calmement comment le conflit vous affecte, comment ce grief blesse vos sentiments, vos valeurs, vos rêves, vos envies.

3. Ne pas essayer de convaincre votre partenaire que vous avez raison. Au lieu d’essayer de vaincre à force d’arguments, essayez d’obtenir de votre partenaire la compassion nécessaire à vous comprendre. Ne rabâchez pas les détails et les faits mais parlez à la première personne et décrivez vos sensations. De ce lieu de l’empathie, votre partenaire pourra mieux vous entendre. Si la conversation dégénère, n’oubliez pas de dire à votre partenaire que vous reconnaissez que votre point de vue n’est que relatif et partiel.  Votre vérité n’est pas toute la vérité.  Votre vérité  reste intriquée à sa vérité. Faites d’abord l’effort  de comprendre, pour  ensuite cherchez à être compris.

4. Disciplinez-vous pour vous calmer avant de commencer à parler. Bien que crier reste supérieur aux réponses allusives ou  évasives,  les cris ajoutent  au problème et alimentent  le conflit. Les cris nourrissent la colère. A gros traits,  quand vous êtes en colère, vos capacité de raisonnement se bloquent, et il devient plus difficile voire impossible et de résoudre les problèmes et de vous exprimer clairement. Combien plus graves seront les conséquences de la colère, que les causes de celle-ci.

5. Ne généralisez pas. Ne dites pas: – Tu fais toujours ça. Tu dis toujours ça. Ces généralisations ne font qu’aggraver l’état émotionnel de votre partenaire rendant vos arguments  plus imprécis et donc moins crédibles. Soyez psychologue,  limitant votre propos à l’exposé de l’événement spécifique  et récent qui vous  tracasse.

6. Je crois que presque toutes nos leçons de vie sont des leçons à apprendre à mieux aimer et être aimé. Tolstoï a écrit : tout ce que j’ai appris, je l’ai appris par ce que j’aime. Si votre partenaire est en colère contre vous, repérez dans  sa colère une plainte, une demande d’amour. Votre partenaire est bouleversé et blessé, tout simplement parce qu’il voit dans ce que vous avez dit ou fait le signe d’un désamour. Sa colère doit être comprise à travers ce prisme.

7. Décrivez vos émotions. Si vous êtes en colère contre votre partenaire, nommer les émotions exactes que vous ressentez.   Une fois que vous avez nommé une émotion négative, renommez-la avec un esprit positif. Remplacez chaque émotion négative avec l’un des mots suivants: l’acceptation, le pardon, l’abandon, l’empathie, la chaleur, l’amour, la compréhension. Contemplez ce mot, il deviendra comme  un mantra, comme le signifiant primordial où viendra s’étayer et se  trianguler  votre relation de couple.

8. Apprenez à écouter l’autre en vous forçant à vous taire, en vous forçant à ne pas répondre de façon impulsive. Le débat en gagnera en clarté si vous vous accordez du temps avant de réfuter et même si vous prenez le parti de ne pas ergoter sur tout. L’autre a aussi raison, souvent.

9. Evitez  les gestuelles nerveuses, dénigrantes. Évitez les bras croisés, l’œil ricanant; n’oubliez pas que vous parlez à la personne que vous aimez.

10. Enfin, clôturez cette conversation difficile en évoquant les souvenirs communs, les bons moments que vous avez partagés et les qualités que vous aimez chez votre partenaire. En rappelant ces souvenirs vous réanimez les affects positifs en désamorçant les ressentis négatifs.

En respectant ces règles simples fondées sur l’amour, l’empathie, le respect, l’oblativité et la vertu, chaque querelle, grosse d’un avenir meilleur,  éloignera la rupture, car au fond, que redoutons nous d’autre que d’être abandonné.

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Thérapie de couple.


Couple-in-BedDans un couple ou une dyade, il en va des griefs comme des deuils. Et deux vérités, aussi  légitimes qu’incompatibles cherchent à s’annuler l’une l’autre. Lorsqu’une relation de couple semble blessée, je vous aiderai à rétablir le dialogue et la communication nécessaires pour poser et peut être résoudre les conflits.

A savoir  avant de prendre rendez-vous : La démarche d’introduire une tierce personne dans la relation, le psy,  se fait le plus souvent lorsque le couple est dans l’impasse et que la communication se fait difficile, chacun reproche à l’autre d’être la cause de sa souffrance et se voit en victime. Introduire ce tiers va alors permettre de rétablir la communication, ainsi chacun peut s’exprimer, et expliquer sa vision au sein du couple.  Il n’est pas question de déterminer qui a tort ou raison, mais d’arriver a gérer les conflits en rétablissant une communication et une harmonie dégradées. Il peut arriver que les partenaires ne se reconnaissent plus dans l’entité (ses codes, ses habitudes, ses règles) du couple. Il est plus question des insatisfactions au sein de la relation et moins de se focaliser sur les insatisfactions et griefs porté sur l’autre, une interprétation est faite permettant de comprendre les mécanismes des conflits, d’y intervenir et donc d’avancer. Si l’un des deux partenaires refuse de participer à la thérapie, inutile d’insister, il faut que les deux participants soient animés par la même volonté de dépasser cette crise, et de réussir à sauver leur couple. La durée de la thérapie sera différente selon les difficultés rencontrées au sein du couple, variant de quelques jours, à quelques semaines, voir plus.

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Egoïste ?


Durant une thérapie, je suis toujours surpris, et un peu furieux, de voir se loger le sentiment de culpabilité dans des conduites qui dérangent les censeurs et directeurs de conscience auto-déclarés.

Est-ce égoïste de refuser à vos enfants de prendre un chien lorsque vous ne le souhaitez pas vous-même? Est-il égoïste de laisser son conjoint malade au lit pour aller à une soirée dansante? Est-ce égoïste de passer des heures à faire une partie de poker cependant que votre partenaire prend soin des enfants ou attend le plombier?

Nous percevons l’égoïsme et les comportements associés comme un travers, au mieux un sujet à débat.

Ainsi, de plus en plus de femmes sont décidées à avoir un enfant et fonder une famille sans homme, et on leur oppose l’égoïsme, contre cet enfant à venir en particulier, contre la société conservatrice en général.

Aujourd’hui, un tiers des familles francaises n’a qu’un seul enfant, un nombre qui aurait choqué il y a  quelques générations. La famille traditionnelle de maman, papa, et ses deux enfants, retient le fantasme. Certaines femmes ne souhaitent plus  attendre l’homme idéal. Pour ces femmes, le choix de fonder une famille sans être marié est juste réaliste, pas égoïste.

De même, si vous avez un seul enfant, vous êtes réprimandé. « Comment pouvez-vous faire ça à votre enfant !, ce n’est  pas juste pour lui.  Vous êtes tellement égoïste ». Et ces attaques ne s’arrêteront que lorsque vous serez  trop vieux, trop vieille,  pour avoir un autre enfant. Toutes les raisons que vous invoquerez seront perçues comme des alibis à votre égoïsme.

Comment peut-on défendre sa position ou légitimer cet « égoïste », sauf  à changer de conversation, sauf à se taire.

Parce que les enfants sont l’ultime sacrifice, une personne ne souhaitant qu’un seul enfant est considérée comme égoïste. Ceux d’entre nous qui tentent de profiter au mieux  de ce que le monde offre sont souvent perçus comme cupides, car aujourd’hui  nous voulons tout.

Pourtant, l’un n’empêche pas l’autre.

Je veux  et j’adore mon enfant plus que tout, mais je veux aussi une carrière et je veux vraiment un mariage heureux et l’ajout d’un autre enfant dans notre vie se répercuterait directement sur deux des trois choses qui ont le plus grand impact sur ma compétence au bonheur.

Seule la culpabilité cherche à attaquer cet édifice intellectuel.

Il y a donc un mur à construire entre l’égoïsme et la vie telle que nous souhaitons la vivre.

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Facebook 2


Je rêve des jours anciens, avant les téléphones cellulaires et avant Facebook. Cela peut paraître un peu grincheux voire réactionnaire mais je me souviens des jours où enfants, nous nous réjouissions d’organiser une rencontre en groupe pour un foot, une boum ou simplement pour se voir.

Aujourd’hui, avec les sites de réseautage social comme Facebook, les enfants n’ont même pas à quitter leurs chambres pour se connecter les uns aux autres. Ou est passé le plaisir de se retrouver?

Facebook entrave paradoxalement notre capacité à nouer des relations singulières et authentiques avec l’autre.

Selon un rapport de la Fondation de Jed, les effets d’être constamment en ligne est négatif sur certains élèves des collèges. Sur 2000 étudiants interrogés par la Fondation de Jed, un tiers a déclaré avoir passé plus de 6 heures par jour en ligne. Une personne sur sept de ces élèves a également convenu que Facebook a plutôt accru son sentiment d’isolement.

Il est ironique que les technologies conçues pour connecter les gens soient finalement au service d’un retranchement aux autres.

Car ce réseau de connexion virtuelle manque de l’intimité qui vient avec la proximité physique. Sans le corps de l’autre, sans son regard, sa gestuelle, sans le timbre de sa voix, sans le contact physique (lors du salut) la rencontre, car tronquée, échoue. Nous n’imaginerions pas une séance de psychanalyse par téléphone ou internet. Nous connaissons tous des couples où l’un, retranché, surfe sur Facebook pendant que l’autre, annulé, vaque à d’autres occupations.

Pour être honnête, on ne sait si Facebook induit directement de la solitude ou si les étudiants qui sont déjà solitaires et déprimés sont plus susceptibles d’être attirés par ce site. Peu importe. La prescription est la même. Si Facebook vous prétend créer et entretenir des relations véritables et satisfaisantes avec les gens, il est temps d’éteindre votre ordinateur, de quitter votre chambre, et de vous retrouver en face-à-face avec un ‘friend’.

Si vous n’y parvenez pas, il est peut être temps d’envisager d’échanger avec un psychothérapeute qui pourra vous aider à résoudre vos difficultés interpersonnelles.

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Facebook 1


Est ce que Facebook déclenche la jalousie, ou ne fait-il qu’amplifier la jalousie qui déjà existe dans une relation?

Dans une étude réalisée par Muise, (2009), 308 étudiants de premier cycle ont répondu à une enquête concernant l’utilisation de Facebook et l’impact sur leurs relations amoureuses. Le but de l’étude était de déterminer si Facebook provoque la jalousie et/ou augmente le niveau déjà présent de jalousie dans la relation.

Les participants ont passé en moyenne 38.93 minutes par jour sur Facebook. Une majorité de participants de l’étude (74,6%), a au moins un ancien partenaire comme friend, et 78,9% des participants ont déclaré que leur partenaire avait comme ami Facebook un ancien partenaire. Quatre-vingt-douze pour cent des participants à l’étude ont déclaré que leur partenaire avait des amis Facebook qu’il ne connaissait pas.

Pourquoi cette jalousie

Les femmes passent beaucoup plus de temps sur Facebook, 40 minutes par jour, à comparer au 29 minutes par jour pour les hommes.

L’étude a constaté que l’utilisation accrue de Facebook n’est en fait qu’une conjecture accroissant une jalousie existante. Les femmes ont obtenu des résultats plus élevés sur la jalousie Facebook que les hommes.

On trouve plusieurs raisons à une augmentation de la jalousie à cause de Facebook:

  • Les individus trouvent des informations sur Facebook au sujet de leurs partenaires qu’ils n’auraient pas connues autrement,
  • Facebook ouvre la possibilité de renouer avec d’anciens partenaires,
  • Un faux sentiment d’intimité peut être établie sur Facebook, menant les gens à être plus enclins à tricher,
  • Facebook est un média supplémentaire dans une relation, juste un autre issue au comportement jaloux,
  • Les gens peuvent développer une identité réelle et une identité Facebook, conduisant ainsi le partenaire à se sentir comme trompé par un partenaire qu’il ne connaît pas,
  • Le temps passé sur Facebook peut être vécu comme volé à la relation avec le partenaire,
  • Le mur Facebook rappelle aux gens quotidiennement que leur partenaire a eu une vie romantique avant eux,
  • Les personnes peuvent devenir aisément amis sur Facebook et on s’inquiétera des messages suggestifs sur le mur du partenaire,
  • Un partenaire peut se sentir attaqué par les amitiés Facebook de son partenaire avec des personnes qu’il juge inappropriés.

Comment l’éviter

L’étude de Muise, car ce n’est pas dans son domaine de l’épure, ne dit rien des amendements à apporter à cet aspect délétère de Facebook.

Proposons toutefois quelque pistes:

  • n’invitez pas sur Facebook des personnes que vous n’inviteriez pas chez vous avec votre partenaire,
  • papotez avec votre partenaire sur vos amis Facebook qu’il ne connaît pas,
  • veillez à éclaircir par une réponse publique les messages publics allusifs,
  • expliquez à votre partenaire le biais que vous donnez à votre personnalité Facebook.

Car ces dispositifs ne trahissent pas votre liberté individuelle. Il vous restera encore les messages privés (inbox) pour alimenter vos envies de jardin privé, voire d’adultère.

Référence:

Muise, A., Christofides, E., et Desmarais, S. (2009)

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Solitudes.


Qu’est ce qui nuit à nos relations, à notre créativité et notre tranquillité d’esprit? Une réponse paradoxale, en cette époque de facebook et de téléphones cellulaires, est un manque de solitude. Car la solitude permet de se reconnecter aux autres d’une manière beaucoup plus riche.

Lâcher priseS

Nous vivons dans une société qui pense l’interdépendance comme un enrichissement; notre époque est overconnectée. Maintenant, plus que jamais, nous avons besoin d’instants de solitude. Être seul nous ouvre la possibilité de réguler et d’ajuster nos vies, nous apprend le courage et la capacité à satisfaire nos propres besoins, restaure notre énergie. La solitude est un combustible pour la vie.

Une jeune femme m’a confié que son mari était un compagnon merveilleux, et leur intimité remarquable. Pourtant chaque matin elle aime à boire son café et lire son journal seule. Elle ne renoncera pas à cette période de solitude en échange de plus de partage ou plus de sexe; ces matins solitaires constituent un fondement de leur intimité ordinaire.

Être seul et s’engager dans des relations avec les autres sont les deux choses essentielles au bonheur et à la survie, ceux ci à égalité. La nature réclame la solitude. Elle nous a donné le sommeil, période de solitude absolue, de perlaboration,et de rêves . L’augmentation des troubles du sommeil et de la vente de somnifères sont autant de signes de notre refus de la solitude.

L’un n’empêche pas l’autre

Notre erreur est de croire que les états de solitude et de lien à l’autre sont antagonistes. Ils sont en désaccord seulement quand ils sont vécus dans une opposition. En vérité, une situation enrichit profondément l’autre. Toutes les significations contemporaines de « seul » impliquent un manque de quelque chose. Invariablement, la solitude s’oppose au contrat social, si elle n’est sa forclusion. « Faire cavalier seul » consiste en des activités antisociales et en des risques inutiles. Le plus frappant: les deux mots anglais loneliness (état de l’homme seul) et solitude (état de l’homme sans liens) n’ont qu’une seule traduction en français : la solitude.

La solitude, comme l’anxiété ou la culpabilité, fait partie de la condition humaine. Elle nous donne à croire que ne sommes pas compris ou pensés par l’autre, parce qu’isolés de la communauté et de ses connexions. Étrangement, elle nous dit aussi que nous ne prenons pas le temps d’être en contact avec nos intérieurs, notre intimité, notre privauté; un temps d’être en contact avec nous même.

Les patients me parlent de leurs amants, famille ou amis, de leur peur de la solitude cependant que je reste frappé par leurs expressions de gratitude lorsqu’ils parlent d’un temps pour eux pour, par exemple, s’engager dans des activités propres. Comme des prisonniers qui s’accorderaient une libération conditionnelle.

Nous ne sommes pas que grégaires

Il n’est pas nécessaire de rentrer dans un couvent pour se donner un temps pour soi. Nous pouvons expérimenter ce « rassemblement avec soi » au milieu de la foule, ou en famille. D’ailleurs, le mot «couvent» vient du latin convenir, qui signifie se rencontrer. La contemplation est souvent décrite comme le mode privilégié pour parvenir à la paix spirituelle. Les pèlerinages religieux ont cours encore aujourd’hui, mais sont plus courts. Les bouddhistes continuent de vivre dans un état de pèlerinage vers soi, car ils considèrent la vie comme une série de moments présents qui nous appellent à un état de non-attachement et, dans le même temps, d’unité avec Dieu.

Pour la religion, il faut donner du temps à la solitude. Le livre de la Genèse établit cette fondation. Au sein de l’histoire de la création, Dieu a établi le samedi, le chabbat, comme un jour de repos en rupture avec tous les autres, pour contempler la vie et les Écritures, pour se regrouper sur soi même dans la prière. Nous pouvons faire la même chose, si nous prenons une journée de repos pour nous-mêmes, ou une heure de prière silencieuse, ou même quelques minutes de méditation.

Ne m’abandonne pas

Sommes-nous capables de le faire au milieu des ordinateurs et des cellulaires, des Blacberry, des écrans de télévisions et de jeux vidéo en réseau. Ou sommes-nous devenus incapables de vivre dans l’instant, sauf lors d’une panne d’ordinateur?

Aujourd’hui, être « online » semble être la manière occidentale de répondre à nos besoins de compagnie mais à quel prix. Nous répudions tout plaisir de la solitude et sa modalité de hic et nunc.

-C’est l’enfer avec lui et c’est l’enfer sans lui est la phrase souvent utilisée pour décrire la vie en couple. Les relations à long terme seraient elles impossibles? Je propose de nous reconnaitre un besoin de moments de solitude. Ce besoin de moments à soi grandit de plus en plus au fur et à mesure que nous vieillissons. En miroir, le nombre de couples qui se séparent ou divorcent augmente.

Après la première phase d’inséparabilité extatique, les conjoints ressentent le besoin de se retrouver séparément face à eux même. Quand nous observons la dynamique des relations de couples à travers une problématique de la solitude, notre compréhension des permutations et fixations devient efficiente. Les disputes apparaissent lisibles. Souvent nos colères sont tout simplement l’affirmation de ce besoin de retranchement, pour assainir l’air et pour « respirer » dans une distance avec notre partenaire.

Dans mon cabinet, chez les patients, hommes ou femmes qui parlent d’un désir de rompre avec leurs proches, j’ai entendu cette énorme envie d’être seul, apparié avec l’angoisse de se séparer. En raison de nos croyances confuses au sujet de la solitude, nous sommes beaucoup plus susceptibles de nous plaindre à un thérapeute ou à un ami: -J’ai des problèmes avec l’intimité que de dire: -J’ai besoin d’être seul plus souvent. Nous nous demandons, gênés, si en ayant du plaisir seul, nous sommes infidèles à notre conjoint.

Je suggère d’apprendre à voir la solitude comme une partie de l’expérience ordinaire plutôt qu’une barrière construite contre l’implication avec le monde.

Ne me quitte pas

Alors, comment pouvons-nous négocier un temps pour soi de solitude? Des expressions telles que « J’ai besoin d’espace, d’un sas de décompression » vexent, car ils seraient l’expression d’un rejet déguisé. Les gens se rencontrent. Ils sondent mutuellement leurs goûts et points communs. Les questions glissent, deviennent sérieuses. «Où veux tu vivre? Veux tu des enfants? » Ajoutons à ces entretiens d’embauche du couple sociétal: « Aimes-tu rester seul et combien de fois ? ». Voici ce qui serait un changement significatif.

Alors la plupart des individus idéalisés devient des êtres humains ordinaires. Avec la réapparition de cette réalité, l’agitation née de trop peu solitude devient apparente. Les couples apprennent à aménager cette impasse de l’habitude par une renégociation de la quantité du temps passé ensemble et du temps passé seul.

En tant qu’individus dans une relation, les gens se transforment constamment les uns les autres. L’engagement peut être un sacrement ou une chaîne autour du cou. Un moment de solitude nous permet de réfléchir et d’arranger les choses. Il n’est pas seulement un moyen d’échapper à ce collage et à cette emprise symétrisée mais plutôt de trouver un chemin de retour vers l’autre grâce à la simple contemplation.

Re-pense toi

Nous connaissons tous des artistes créateurs célibataires. La solitude est une voie importante vers la créativité. L’artiste en chacun prendra le risque d’une déconnexion, pour se forger une vie heureuse et utile.

La solitude est nécessaire aussi pour permettre à l’inconscient de traiter et de démêler les problèmes. Nous avons besoin de calme pour comprendre les choses, pour voir émerger de nouvelles découvertes, pour déterrer des réponses originales. Se laisser glisser dans la rêverie s’avère extrêmement productif. Les temps de solitude sont les grands protecteurs de l’esprit humain Mes patients dénouent leur dilemme, dans l’après coup de la séance, une fois seul. Dès qu’ils me quittent, moi aussi.