DSK.


Tout le monde ment.

DSK est il innocent? – peut être. Mais n’espérons plus la réponse à cette question. Son procès ne répondra pas à cette interrogation. Les débats, proclamant chercher la vérité la contourneront. S’il plaide aujourd’hui une relation consentie, c’est pour tactiquement déséquilibrer l’accusation et éventuellement rendre compte de la réalité des faits. Ses avocats vont travailler à l’innocenter mais nous ne saurons jamais ce qui s’est vraiment passé dans cette suite 2806. Car la justice des hommes restera une justice fabriquée et rarement être innocenté rapporte une innocence avérée.

Autre chose, il semble que DSK même innocent ne l’est que partiellement et on souhaite que cette affaire soit pour lui une expérience révélatrice, qu’elle lui montre qu’une vie accomplie peut outrepasser une obsession pour la consommation charnelle des femmes.

Ce que cette affaire médiatique et médiatisée nous donne à voir est ailleurs.

Les conjectures des journalistes, les procès en sorcelleries de « ceux qui savaient », les accusations à retardement, l’emballement des forums montrent à quel point l’inculpation de DSK puis sa détention captive, choque ou soulage.

Pourquoi sommes nous si concernés et si curieux?

DSK est un homme accompli. Il aligne les réussites sociale, professionnelle et sentimentale. Diplômé d’HEC, ancien ministre, président du FMI et futur candidat à la présidence de la République Française, il épouse, en troisième noce, Anne Sinclair, une femme à succès, riche, célèbre, belle, intelligente, active, érudite, ambitieuse . Il est Juif, appartenant à ce peuple si proche et si lointain et à l’histoire légendaire. On l’appelle DSK. Son patronyme est alambiqué. Dans la course à l’Élysée, il restait secret sur ses intentions, entretenant notre impatience, donc son mythe.

DSK est un fantasme et à ce titre, fixe tous nos imaginaires.

Le point de capiton final de la suite de ces attributs fantasmagoriques est sa licence sexuelle. DSK se permet les 400 coups! Il est socialement complet et il se permet de vivre une sexualité débridée et sans limites. Il est le héros des hommes et l’Apollon des femmes, un Apollon heureux de surcroit. DSK est aussi ZEUS le roi des dieux, Thésée le réformateur, Héraclès des 12 travaux, il se permet tout et les éléments le portent et s’ouvrent à lui. Il est un des satyres lubriques du dieu Dionysos, le dieu des excès et Dionysos lui même. Il est notre champion.

Sentiments ambigus

Les dieux sont intouchables, inattaquables. Ils réalisent, dans leur vie, ce que nous ne pouvons, et leur statut d’immatériel bouchonne notre jalousie. Mais inconsciemment, notre envie demeure et l’image de DSK menotté, faisant chuter notre pacte de non jalousie, nous confronte à notre fantasme. Les derniers bulletins d’actualité convoquent enfin le principe de réalité et le sens commun.
Il nous apparaît en définitive immoral de tromper sa femme, de ne pas contenir ses pulsions, de mêler et d’étayer une réussite sociale avec une transgression systématique d’une des valeurs de notre société.
DSK redevient un homme avec ses faiblesses et ses impuissances.
Apeurés en même temps que coupablement comblés, nous sommes fascinés par ce dieu se transformant devant nous en homme, pire en enfant.
Cette fascination rincée, il nous restera à renoncer, tristes, à ce fantasme de la toute puissance jeté dans le réel. Il restera à DSK à faire le deuil de l’enfant, pervers polymorphe, en lui, .

Nous aussi, Dominique, nous aimons les femmes cependant que la plupart d’entre nous s’est désisté du projet de les posséder toutes. Nous ne l’avons pas fait avec joie et pourtant…