Publié dans Enfant, Psychanalyse, Thérapie de couple

Egoïste ?


Durant une thérapie, je suis toujours surpris, et un peu furieux, de voir se loger le sentiment de culpabilité dans des conduites qui dérangent les censeurs et directeurs de conscience auto-déclarés.

Est-ce égoïste de refuser à vos enfants de prendre un chien lorsque vous ne le souhaitez pas vous-même? Est-il égoïste de laisser son conjoint malade au lit pour aller à une soirée dansante? Est-ce égoïste de passer des heures à faire une partie de poker cependant que votre partenaire prend soin des enfants ou attend le plombier?

Nous percevons l’égoïsme et les comportements associés comme un travers, au mieux un sujet à débat.

Ainsi, de plus en plus de femmes sont décidées à avoir un enfant et fonder une famille sans homme, et on leur oppose l’égoïsme, contre cet enfant à venir en particulier, contre la société conservatrice en général.

Aujourd’hui, un tiers des familles francaises n’a qu’un seul enfant, un nombre qui aurait choqué il y a  quelques générations. La famille traditionnelle de maman, papa, et ses deux enfants, retient le fantasme. Certaines femmes ne souhaitent plus  attendre l’homme idéal. Pour ces femmes, le choix de fonder une famille sans être marié est juste réaliste, pas égoïste.

De même, si vous avez un seul enfant, vous êtes réprimandé. « Comment pouvez-vous faire ça à votre enfant !, ce n’est  pas juste pour lui.  Vous êtes tellement égoïste ». Et ces attaques ne s’arrêteront que lorsque vous serez  trop vieux, trop vieille,  pour avoir un autre enfant. Toutes les raisons que vous invoquerez seront perçues comme des alibis à votre égoïsme.

Comment peut-on défendre sa position ou légitimer cet « égoïste », sauf  à changer de conversation, sauf à se taire.

Parce que les enfants sont l’ultime sacrifice, une personne ne souhaitant qu’un seul enfant est considérée comme égoïste. Ceux d’entre nous qui tentent de profiter au mieux  de ce que le monde offre sont souvent perçus comme cupides, car aujourd’hui  nous voulons tout.

Pourtant, l’un n’empêche pas l’autre.

Je veux  et j’adore mon enfant plus que tout, mais je veux aussi une carrière et je veux vraiment un mariage heureux et l’ajout d’un autre enfant dans notre vie se répercuterait directement sur deux des trois choses qui ont le plus grand impact sur ma compétence au bonheur.

Seule la culpabilité cherche à attaquer cet édifice intellectuel.

Il y a donc un mur à construire entre l’égoïsme et la vie telle que nous souhaitons la vivre.